Le petit miracle économique géorgien : les chiffres 2026

Quartier d’affaires de Tbilissi, symbole de la discipline budgétaire et du désendettement de la Géorgie

Quand on annonce à des amis restés en France que la Géorgie va croître de 7,5 % cette année, la réaction est presque toujours la même : un sourire poli, puis « oui, mais c’est un petit pays qui part de loin ». C’est vrai. Mais ce petit pays fait aussi baisser sa dette, accumule des réserves de change record et tient sa monnaie mieux que la plupart de ses voisins. Pendant ce temps, la France emprunte à 10 ans au-dessus de 5 % pour la première fois depuis 2002.

Nous vivons à Tbilissi et nous accompagnons chaque semaine des entrepreneurs francophones. Voici les chiffres, sourcés, pour vous faire votre propre idée.

En bref

  • La Géorgie a enregistré une croissance réelle de 7,5 % en 2025 et Galt & Taggart prévoit à nouveau 7,5 % en 2026, après 7,8 % au premier semestre (Geostat).
  • La dette publique géorgienne est passée de 59,6 % du PIB en 2020 à 34,4 % en 2025, avec 31,9 % attendus en 2026.
  • La dette publique française atteint 119,0 % du PIB fin juin 2026 selon l’Insee, et la croissance française est attendue à 0,4 % en 2026.
  • Les réserves de change de la Banque nationale de Géorgie (NBG) atteignent un record de 8,2 Md$ en septembre 2026, contre 5,4 Md$ un an plus tôt.
  • Le lari s’est apprécié de 3,5 % face au dollar depuis janvier 2026, quand la livre turque perdait 14,6 %.
  • En octobre 2026, Silknet a annoncé le déploiement en Géorgie d’une AI factory équipée de puces Nvidia Blackwell Ultra, pendant que Moody’s maintenait la France en perspective négative.

Une croissance à 7,5 % quand la zone euro fait 0,9 %

Cinq ans de croissance forte, sans trou d’air

La série est remarquable par sa régularité : 10,6 % en 2021, 11,0 % en 2022, 7,8 % en 2023, 9,7 % en 2024, 7,5 % en 2025. Selon la note « Georgia’s Economic Overview » de Galt & Taggart (octobre 2026, données Geostat, NBG et ministère des Finances), l’estimation rapide donne 7,6 % sur les huit premiers mois de 2026. Le PIB nominal est passé de 16 Md$ en 2020 à 38,1 Md$ en 2025, et devrait atteindre 44,1 Md$ en 2026.

En face, la BCE prévoit 0,9 % de croissance pour la zone euro en 2026 (projections de septembre 2026). Pour la France, l’Insee a ramené sa prévision à 0,4 % dans sa note de conjoncture du 10 septembre 2026, après 0,9 % en 2025. L’institut parle lui-même de « vigilance orange ».

Parmi les plus rapides de la région

Au premier semestre 2026, la Géorgie (7,8 %) se classe derrière le Kirghizstan (11,9 %) et l’Ouzbékistan (8,5 %), mais loin devant l’Arménie (6,0 %), le Kazakhstan (4,1 %), la Turquie (2,5 %), l’Azerbaïdjan (0,8 %) et la Russie (0,6 %). Différence notable : la Géorgie ne vit ni du pétrole ni du gaz.

Ce qui tire la croissance

La croissance vient surtout de la consommation des ménages et des services. Au premier semestre 2026, les technologies de l’information et de la communication (ICT) ont apporté 1,9 point de croissance à elles seules, devant le transport (0,9 point), le commerce (0,8 point) et les arts et divertissements (0,6 point). L’ICT pèse déjà 8,9 % du PIB, l’immobilier 9,5 %.

Dette et discipline budgétaire : la trajectoire inverse de l’Europe

C’est le chiffre qui surprend le plus nos clients. Après le Covid, la plupart des pays d’Europe de l’Ouest ont stabilisé leur dette à un niveau élevé, ou l’ont laissée monter. La Géorgie a fait l’inverse.

AnnéeDette publique Géorgie (% du PIB)
202059,6 %
202239,2 %
202435,7 %
202534,4 %
2026 (prévision)31,9 %

Côté français, la dette au sens de Maastricht a atteint 3 595,5 Md€, soit 119,0 % du PIB, au deuxième trimestre 2026 selon l’Insee. Le déficit public était de 5,1 % du PIB en 2025. Dans la zone euro, Eurostat mesure une dette moyenne de 87,7 % du PIB fin 2025 et un déficit de 3,0 %.

Comment Tbilissi y est arrivé ? Par trois leviers simples. D’abord la croissance nominale, qui fait mécaniquement fondre le ratio. Ensuite des recettes fiscales solides : sur les neuf premiers mois de 2026, elles atteignent 103,2 % de l’objectif du budget. Enfin un déficit contenu à 1,4 % du PIB en 2025 et 2026. Les capitaux étrangers suivent : les non-résidents détiennent 1,7 Md GEL de titres du Trésor géorgien en septembre 2026, soit 12,9 % du total.

Cette rigueur n’empêche pas d’investir. Le budget 2027 prévoit 8,4 Md GEL d’investissement public consolidé (6,7 % du PIB), avec le corridor transcaspien, le port en eaux profondes d’Anaklia, le contournement de Tbilissi et une nouvelle piste à l’aéroport de Kutaisi.

Vue panoramique de Tbilissi au coucher du soleil, illustrant la croissance de l’économie géorgienne en 2026

Inflation : un choc importé, une baisse attendue

Soyons honnêtes : l’inflation géorgienne est remontée à 5,6 % en septembre 2026, au-dessus de la cible de 3 %. La cause est un choc énergétique importé, que l’Europe subit aussi : l’inflation de la zone euro a atteint 3,8 % en septembre 2026 selon Eurostat, avec +18,9 % sur l’énergie.

Deux éléments rassurent. L’inflation sous-jacente géorgienne reste à 3,5 %, et Galt & Taggart prévoit un retour à 2,8 % en moyenne en 2027. La NBG maintient un taux directeur de 8,25 %, bien au-dessus de l’inflation sous-jacente.

Le lari, une monnaie stable dans une région qui ne l’est pas

Au 8 octobre 2026, le lari s’est apprécié de 3,5 % face au dollar depuis le début de l’année. Sur la même période, la livre turque a perdu 14,6 % et le rouble 5,4 %, selon Galt & Taggart. Fin septembre 2026, il fallait 2,61 GEL pour un dollar et 2,96 GEL pour un euro.

Sur plusieurs années, le contraste avec la Turquie est saisissant. Un dollar valait environ 7,40 livres turques en janvier 2021, contre 49,74 le 23 octobre 2026 selon Trading Economics : la livre a perdu près de 85 % de sa valeur face au dollar. L’inflation turque était encore de 29,73 % en septembre 2026 selon l’institut statistique TÜİK.

Cette stabilité repose sur un matelas solide : 8,2 Md$ de réserves brutes à la NBG en septembre 2026, dont 6,0 Md$ de réserves nettes. Le déficit courant est tombé de 12,4 % du PIB en 2020 à 2,9 % en 2025, et devrait atteindre 1,9 % en 2026.

Billets de lari géorgien sur une table de café à Tbilissi, monnaie stable face à la livre turque

Salaires, exportations, tourisme : les secteurs porteurs

Le salaire moyen mensuel nominal est passé de 900 GEL en 2015 à 2 165 GEL en 2025, puis 2 377 GEL au premier semestre 2026 (+8,5 % sur un an, Geostat). Dans le privé, il atteint 2 564 GEL au deuxième trimestre 2026.

Les exportations de biens et services ont battu un record à 18,0 Md$ en 2025, contre 6,2 Md$ en 2016. Le tourisme pèse 26,1 % de ce total, l’ICT 7,2 %. Les recettes touristiques ont atteint 4,7 Md$ en 2025 pour 5,5 millions de touristes internationaux, et l’Union européenne est devenue le premier marché émetteur au premier semestre 2026 (17,4 % des recettes).

Le secteur bancaire suit : le crédit devrait progresser d’environ 15 % en 2026, et la dédollarisation avance (41,2 % des prêts, 43,2 % des dépôts en devises). Les actifs des fonds de pension représentent 8,7 % du PIB au premier semestre 2026, contre 1,0 % en 2019.

La France en contraste : 5 % à 10 ans et des notes dégradées

Le 21 octobre 2026, le rendement de l’OAT à 10 ans a franchi 5 %, une première depuis juillet 2002 selon Reuters. Le lendemain, il a touché 5,14 % en séance, avec un écart de plus de 160 points de base face au Bund allemand (3,41 %). La France emprunte désormais plus cher que l’Italie, dont le 10 ans s’établissait à 4,59 % le 21 octobre selon Reuters (contre 4,99 % pour l’OAT), et que la Grèce (environ 4,43 %).

Les agences de notation ont suivi le mouvement. S&P a abaissé la France de AA à AA- en mai 2024, puis à A+ le 17 octobre 2025. Fitch l’a ramenée à A+ le 12 septembre 2025. Moody’s, dernière des trois grandes agences à noter la France en catégorie « Aa », a choisi le 23 octobre 2026 de maintenir sa note à Aa3, mais avec une perspective négative. Un sursis plus qu’un satisfecit : la perspective négative signifie qu’une dégradation reste plus probable qu’une amélioration, alors que plusieurs économistes, dont Éric Dor (IESEG), jugeaient un abaissement à A1 « très plausible » à la veille de la décision.

La Géorgie, elle, reste en catégorie spéculative, mais la tendance est à l’amélioration : Fitch a confirmé BB perspective stable en mai 2026, S&P a relevé la perspective à positive en août 2026 (BB), et Moody’s a relevé la perspective de Ba2 à stable en juillet 2026.

IndicateurGéorgieFranceZone euro
Croissance 20257,5 %0,9 %1,4 %
Croissance 2026 (prévision)7,5 %0,4 %0,9 %
Dette publique / PIB34,4 % (2025), 31,9 % (2026p)119,0 % (T2 2026)87,7 % (2025)
Déficit public 20251,4 %5,1 %3,0 %
Inflation (sept. 2026)5,6 %3,1 % (IPCH 3,4 %)3,8 %
Taux directeur8,25 % (NBG)2,50 % (BCE, dépôt)2,50 % (BCE, dépôt)
Taux 10 ansnon pertinent (marché local)5,0 % à 5,14 % (oct. 2026)Bund 3,41 %
Notation (Fitch / S&P / Moody’s)BB / BB / Ba2A+ / A+ / Aa3 (perspective négative, 23/10/2026)variable selon pays

Sources : Galt & Taggart, Geostat, NBG, Insee, Eurostat, BCE, Reuters, agences de notation.

Les signaux envoyés par les investisseurs internationaux

Silknet et Nvidia : une AI factory en Géorgie. Le 22 octobre 2026, l’opérateur télécom géorgien Silknet (groupe Silk Road) a annoncé que sa filiale Silk Cloud déploiera en Géorgie l’infrastructure Nvidia Blackwell Ultra, avec des systèmes HGX B300 fournis par HPE. C’est la première phase d’une « AI factory souveraine », un centre de calcul destiné aux entreprises, startups, chercheurs et institutions géorgiens. Le site, en construction à Tbilissi depuis août 2026, démarre avec 2 MW de puissance et vise une mise en service en 2027. Le montant n’a pas été communiqué. Voir la technologie de Nvidia, l’une des plus grosses capitalisations boursières mondiales, arriver dans un pays de 3,7 millions d’habitants est un signal fort. Pour David Mamulaishvili, directeur général de Silknet, « la Géorgie doit avoir la possibilité non seulement d’utiliser l’IA, mais aussi de la créer elle-même ».

Trump Tower Tbilisi. Annoncée le 21 avril 2026 par la Trump Organization avec Archi Group, Biograpi Living, Blox Group, Finvest Georgia et l’américain Sapir Organization. Conçue par Gensler, elle doit devenir le plus haut bâtiment du pays et s’inscrit dans un projet « Downtown Tbilisi » d’environ 2 Md$. Nous y avons consacré un article dédié.

Eagle Hills. Ce promoteur d’Abu Dhabi, fondé par Mohamed Alabbar (aussi fondateur d’Emaar), a signé le 22 octobre 2025 avec le gouvernement un accord pour deux projets à Tbilissi (Krtsanisi, 590 hectares apportés par l’État) et à Gonio, près de Batumi (260 hectares). Le montant annoncé dépasse 6,5 Md$, et l’État géorgien détient 33 % de la coentreprise.

Lamborghini. La marque a ouvert son premier showroom officiel à Tbilissi en juin 2025, opéré par Tegeta Holding. Un signal sur le pouvoir d’achat haut de gamme, pas une usine.

Pavel Durov. Le fondateur de Telegram a visité Tbilissi en 2026 et a publiquement jugé la Géorgie sérieusement sous-estimée pour y vivre et y faire des affaires, en soulignant que son économie avait doublé en cinq ans.

Les limites, sans langue de bois

  • Le chômage reste élevé : 14,1 % au premier semestre 2026, même s’il était de 21,9 % en 2015. La création d’emplois marque une pause.
  • La croissance dépend beaucoup de la consommation, donc du moral des ménages et des transferts de fonds (3,6 Md$ en 2025).
  • L’inflation énergétique pourrait retarder la baisse des taux de la NBG.
  • Le contexte politique et les relations avec l’Union européenne restent un facteur de risque que les agences surveillent.

Ce que cela change pour un entrepreneur ou un investisseur francophone

Ces chiffres ne disent pas qu’il faut tout quitter demain. Ils disent qu’il existe, à quatre heures d’avion de Paris, une économie qui croît vite, se désendette et tient sa monnaie. Pour un entrepreneur qui facture à l’international, la question n’est plus seulement fiscale. Elle devient patrimoniale : où domicilier son activité, dans quelle devise épargner, dans quel pays acheter un bien.

Avant tout, une règle : sans résidence fiscale réellement établie en Géorgie, ni le régime à 1 % ni l’imposition territoriale ne vous protègent. C’est le premier point à vérifier.

Entrepreneur francophone installé à Tbilissi réfléchissant à sa stratégie patrimoniale et à sa résidence fiscale en Géorgie

FAQ – L’économie géorgienne en 2026

Quelle est la croissance de la Géorgie en 2026 ? Galt & Taggart prévoit 7,5 % de croissance réelle en 2026, après 7,5 % en 2025. Le premier semestre 2026 affiche 7,8 % selon Geostat.

La dette de la Géorgie est-elle élevée ? Non. Elle représentait 34,4 % du PIB en 2025 et devrait tomber à 31,9 % en 2026, contre 119,0 % pour la France fin juin 2026 (Insee).

Le lari géorgien est-il une monnaie stable ? Oui, à l’échelle régionale. Il a gagné 3,5 % face au dollar entre janvier et début octobre 2026, alors que la livre turque perdait 14,6 %. Les réserves de la NBG atteignent un record de 8,2 Md$.

Quelle est la note souveraine de la Géorgie ? BB chez Fitch (perspective stable) et S&P (perspective positive), Ba2 chez Moody’s (perspective stable). C’est la catégorie spéculative, avec une tendance à l’amélioration.

L’OAT française a-t-elle dépassé 5 % en 2026 ? Oui. Le rendement de l’OAT à 10 ans a franchi 5 % le 21 octobre 2026, une première depuis juillet 2002, et a touché 5,14 % le 22 octobre.

Est-ce le bon moment pour s’installer en Géorgie ? Cela dépend de votre activité, de votre famille et de votre capacité à établir une résidence fiscale réelle. Les fondamentaux macroéconomiques sont solides, mais la décision doit partir de votre situation personnelle.

Une économie solide ne fait pas une stratégie

Le dynamisme géorgien est réel et mesurable. Il ne remplace pas un plan. Commencez par notre test de résidence fiscale gratuit : en quelques minutes, vous saurez si votre projet tient la route. Ensuite, réservez un échange confidentiel avec notre équipe à Tbilissi pour construire votre stratégie, de la création de société à l’ouverture du compte bancaire.

Sources : Galt & Taggart, « Georgia’s Economic Overview », octobre 2026 (données NBG, Geostat, ministère des Finances) ; Insee (dette T2 2026, note de conjoncture du 10 septembre 2026, IPC septembre 2026) ; Eurostat (dette et déficit 2025, inflation septembre 2026) ; BCE (projections de septembre 2026) ; Reuters (OAT, 21 et 22 octobre 2026) ; Agence France Trésor ; Fitch, S&P, Moody’s (décision du 23 octobre 2026) ; Silknet et Telecompaper (annonce Silk Cloud – Nvidia, 22 octobre 2026) ; TÜİK ; Trump Organization ; ministère géorgien de l’Économie.


Pour rejoindre le mouvement des entrepreneurs en Géorgie, pensez à nous suivre sur nos différents réseaux :

Laisser un commentaire

Défiler vers le haut